Interview réalisée par Agnès A.

Vous avez grandi en France, en Seine et Marne. En 2011, vous êtes venue suivre des études secondaires artistiques à la Gerrit Rietveld Academie à Amsterdam. Pourquoi avez-vous choisi les Pays-bas et Amsterdam en particulier ?
Tout d’abord, j’ai choisi les Pays-bas par amour : j’ai rencontré un Néerlandais en France en 1995. Il a obtenu l’année suivante un poste de professeur à l’Université d’Amsterdam.
Une fois ici et affairée à diverses recherches pour mon arbre généalogique, j’ai découvert que ma famille était partiellement originaire des Pays-bas. Ainsi la grand-mère de mon grand-père paternel Arnold s’appelait Arnolda et était née à Loevestein (NL). Cette aïeule Arnolda avait 2 autres prénoms : Lucia et Gerda. Mon premier fils porte le nom d’Arnold comme mon grand-père que j’adorais et j’ai choisi pour mon deuxième fils né en 1990, soit 5 ans avant ma rencontre avec mon second mari, le prénom de Luciano (Lucia). Mon second mari s’appelle Ger (Gerda). L’histoire était donc déjà inscrite quelque part …
Cerise sur le gâteau, le nom le plus ancien de ma famille qui apparaît sur internet est Johannes Vermeer, 200 ans avant le célèbre peintre ! Et me voici peintre aux Pays-Bas en 2025.
Vous avez gagné deux fois le prix du concours Nérini à l’âge de 10 et de 12 ans. Pourquoi n’avez-vous pas poursuivi une carrière de musicienne et comment intégrez-vous votre intérêt pour la musique dans vos pratiques artistiques ?
J’ai gagné deux fois le premier prix et deux autres fois le deuxième prix du Concours Nérini de Paris. Mais ma dyslexie a été un gros obstacle pour poursuivre la musique à un niveau professionnel. J’écris par ailleurs naturellement à l’envers et en symétrique avec les deux mains.
J’intègre la musique de plusieurs manières dans ma pratique artistique :
Je l’écoute en créant comme beaucoup d’artistes et cela peut donner une dynamique claire à mes travaux. Je m’intéresse aussi souvent à la plasticité de la musique via ses diffuseurs physiques, ses supports, comme le cuivre dans les hauts parleurs que j’utilise pour des installations et le dessin des ondes de fréquences. Je crée des performances en batik contemporain sur la soie pendant que la musique est jouée. J’écris les paroles d’une musique et le portrait de son compositeur apparaît pendant un concert.
Quel a été votre parcours jusqu’ici ?
Premièrement, je fus une autodidacte qui suivait ses aspirations tout en apprenant beaucoup via les rencontres ou les stages que je faisais pour acquérir une certaine technique. J’ai assisté le « Hergé Néerlandais » (Theo van den Boogaard) pendant 5 ans pour payer mes études à l’académie Rietveld.
Deuxièmement, j’ai eu une carrière d’artiste – avec un diplôme – ce qui change le regard des autres et des institutions sur vous et vous apporte beaucoup de force dans la mesure où vous connaissez mieux votre processus créatif et le fil rouge qui ramifie toutes vos recherches et découvertes. Vous savez alors mieux répondre et questionner la sérendipité.
Vous vous présentez sur votre site internet comme une artiste visuelle multi-disciplinaire, en quoi cela consiste ?
La discipline est un moyen d’expression pour moi et non pas quelque chose qui définit un ou une artiste. Ce moyen est donc adaptable suivant le but à atteindre, le contexte, voir la commande : par exemple, pour répondre à un grand projet « Nouvelles histoires pour le management » où deux coachs mettaient pendant une année complète des artistes à disposition de grands dirigeants pour réfléchir ensemble à la notion de management, j’ai trouvé qu’un film serait la meilleure discipline pour relater les dynamiques des polarités présentes lors des inter-actions liées au management. Je n’avais encore jamais filmé ! J’ai pris le risque de me lancer, j’ai acheté une caméra pro et j’ai appris à éditer le film.
Il m’est arrivé l’année dernière de composer une musique (improvisation) pour dialoguer avec un texte lors d’une exposition en Belgique où j’ai été sélectionnée pour créer un pendant pictural sur deux poèmes. La discipline « musique » me semblait le médium le plus adapté au dialogue qui m’était demandé d’établir avec ces poèmes.
Vous avez eu la chance d’avoir une de vos œuvres exposée au musée Cobra d’Amstelveen en 2017. La célèbre Patty Smith a acquis une de vos peintures en 2018. Comment vit-on le succès et le lendemain des premiers succès en tant qu’artiste ?
Pour ma part cette rencontre avec Patti fut une grande surprise. Je ne l’avais d’abord pas reconnue. Nous échangions sur ma gravure « Liberté » et sur ses projets. Cela a confirmé au fond de moi que les artistes se reconnaissent entre eux et forment une grande famille. Quant à l’exposition de mon travail graphique « Manifesto » de 14 mètres de long au musée d’art moderne CoBrA en 2017, ce fut une immense joie et une libération car les choses trouvaient enfin leur place.

Vous réalisez régulièrement des « performances », en peinture ou en tournage (vidéo). Pouvez-vous nous en dire plus sur ce type de réalisations et votre motivation svp ? Est-ce le désir de partage en temps réel avec le public, la volonté en tant qu’artiste de sortir de la solitude ou votre intérêt pour l’improvisation et la spontanéité artistique ?
Il est important de sortir de l’isolement de l’atelier pourtant essentiel. Néanmoins il est aussi important d’exercer sa présence, d’interagir et d’apporter notre regard dans une société en action ou justement parfois figée. Un acteur joue un rôle, tandis qu’un artiste qui performe prend des risques, se met en danger et par cela repousse les limites et peut agir comme un levier sur certaines questions ou problèmes non résolus. Il faut beaucoup de courage pour performer mais la récompense de ce challenge est grande en émotion, en partage et en énergie. Rien n’est préparé, tout est spontané… Dans la performance sur les langues où j’ai invité plusieurs personnes qui parlaient toutes des langues différentes à créer une conversation, cela a mis en exergue le métalangage, toutes les finesses de l’engagement lorsque l’on prend la parole, les espaces qui précédent cette prise de parole, le besoin de s’exprimer qui va au-delà du sens lui-même. L’intuition est énormément stimulée dans ces moments magiques de communion.

Vous accueillez des musiciens pour des concerts tout public, quel type de récital est offert ?
La musique tient une place essentielle dans ma vie : elle a le don de rédemption, parle à chacun de nous, offre une place privilégiée à nos émotions et à nos souvenirs. En offrant la possibilité aux étudiants du conservatoire et aux jeunes compositeurs comme Amir Swaab ou Monique Adelhart-Torroop de venir faire leurs try-out dans mon atelier, je soutiens leurs projets. En ce moment je travaille sur une série de concert de Jazz avec une pointure parisienne, ancien Directeur de l’Orchestre National de Jazz, le pianiste et compositeur Antoine Hervé. Le dernier étage de mon atelier s’est transformé en salle de concert avec un piano à queue dont le son est vraiment extraordinaire. Le programme se trouve pour le moment sur le Whatsapp d’Amsterdam Accueil en attendant de trouver le temps de construire une page Facebook ou Instagram dédiée à ATELIER LEF. J’en profite pour mentionner que je recherche un assistant pour les réseaux et mon site internet.
prochain concert :
30 novembre à 11H30 (ouverture des portes à 11h00)
Meerlaan 1, UITHOORN. Antoine Hervé présentera Bill Evans tout en jouant du piano. Pendant ce temps, je peindrai sur la soie en « live » un portrait de Bill en m’imprégnant des mots prononcés pendant la conférence et en utilisant mes propres techniques.
Vous organisez des cours d’arts plastiques pour adultes et enfants. Pouvez-vous nous en dire plus ?
J’organise des workshops à la demande pour adultes et enfants. Les fêtes d’anniversaire sont une bonne occasion. Pour les enfants, le tarif est de 35 Euros par enfant (8/10 p max) incluant le matériel. Le workshop dure 2 heures. Pour les adultes, le tarif est de 60 Euros par personne, matériel exclu, mais avec café ou thé. La séance dure 3 heures. Où vous contacter pour plus d’informations ?
Mon email est info@pascalef.eu ; mobile : 06 2427 5599; www.pascalef.eu




